On dit deux choses du Kilimandjaro, et elles se contredisent. « N’importe qui peut le faire, ce n’est qu’une marche. » Et « ça a failli m’achever. » Les deux sont exactes, ce qui est déroutant tant qu’on n’a pas compris en quoi consiste réellement la difficulté.
Ce qui est facile
Il n’y a pas d’escalade. Pas de cordes, pas de piolets, pas d’exposition au vide, pas de passages sur les mains qui inquiéteraient quelqu’un qui n’a pas le vertige. Les sentiers sont bien tracés. Vous portez un sac de journée, pas une charge complète. Vous dormez dans une tente que quelqu’un d’autre a montée, et mangez des plats que quelqu’un d’autre a cuisinés.
Ce qui est dur
L’altitude. Au sommet, il y a environ moitié moins d’oxygène qu’au niveau de la mer. Tout est plus lent et tout demande plus d’effort.
La répétition. Six ou sept jours de marche, tous les jours, quoi qu’en pensent vos jambes.
La nuit du sommet. Vous partez vers minuit, dans le froid et le noir, et montez pendant six ou sept heures pour atteindre le bord du cratère vers l’aube. Ensuite, il faut encore redescendre. C’est la plus longue journée que la plupart des grimpeurs aient jamais vécue.
Mal dormir. L’altitude perturbe le sommeil. Vous abordez la nuit du sommet sans avoir correctement récupéré depuis plusieurs jours.
La comparaison honnête
C’est plus dur qu’un marathon en durée et plus facile en intensité. Rien, sur une seule journée, ne poserait problème à un marcheur raisonnablement en forme au niveau de la mer. La difficulté tient entièrement à l’empilement de ces journées les unes sur les autres, en altitude.
Qui souffre le plus
Pas ceux que vous imaginez. Les gens très en forme qui marchent trop vite au début peinent souvent plus tard. Ceux qui tiennent absolument à une voie courte peinent presque à coup sûr. Ceux qui ne boivent pas assez peinent à chaque fois.
Qui s’en sort bien
Ceux qui marchent lentement exprès, mangent quand on le leur dit, boivent plus que ce qui semble raisonnable, et ont choisi une voie avec assez de jours. C’est vraiment l’essentiel.